Entre les plaines du Canada, les jungles d'Inde et les steppes de Silésie, la guerre de Sept Ans a redessiné la face du globe. Bien avant les tranchées de 1914, le monde a connu un embrasement total qui a scellé le destin de la langue française en Amérique et jeté les bases de la domination britannique pour des décennies. Plongée dans un conflit de géants.
La bataille de Jumonville-Glenn en 1754 : l'étincelle qui débouchera sur la guerre de 7ans.
Par un matin brumeux de 1754, dans une gorge reculée de Pennsylvanie, un jeune officier britannique nommé George Washington ordonne de faire feu sur un détachement français. Il ne le sait pas encore, mais il vient de craquer l'allumette qui va incendier la planète. La bataille de Jumonville-Glen, qui n'était qu'une escarmouche coloniale va devenir, deux ans plus tard, la guerre de Sept Ans : un conflit d'une ampleur inédite.
Un échiquier à l'échelle planétaire
Oubliez les guerres de palais d'autrefois. Pour la première fois, les armées ne se battent plus seulement pour un duché ou une forteresse frontalière. C'est une lutte pour l'hégémonie mondiale qui oppose deux blocs.
D'un côté, le « pacte de famille » entre les Bourbons (France et Espagne) alliés à l'Autriche et la Russie. De l'autre, la Grande-Bretagne et la puissance montante du moment : la Prusse de Frédéric II.
Les combats font rage simultanément sur quatre fronts :
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En Europe, où la Prusse survit miraculeusement à un encerclement total.
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Aux Amériques, où se joue le sort de la « Nouvelle-France ».
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En Inde, pour le contrôle des comptoirs commerciaux.
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Sur les mers, où la Royal Navy tente d'asphyxier le commerce français.
Le duel des titans : Versailles contre Londres
À Versailles, Louis XV hésite. La France est une puissance terrestre, obsédée par ses frontières européennes. À Londres, le ministre William Pitt l'Ancien a une vision plus moderne : la victoire passera par la mer et les colonies.
C'est là que le basculement s'opère. En 1759, l'année des désastres pour la France, les Britanniques capturent Québec lors de la célèbre bataille des Plaines d'Abraham. En Inde, les Français perdent Pondichéry. L'empire colonial français s'effondre comme un château de cartes.
Le traité de Paris : Le monde change de main
En 1763, le Traité de Paris met fin au carnage. Le bilan est sans appel : la France perd la quasi-totalité de son premier empire colonial. Le Canada devient britannique, tout comme la Floride et une grande partie de l'Inde.
Pourtant, à l'époque, certains à la cour de France minimisent la perte. Voltaire lui-même parlait avec dédain de « quelques arpents de neige ». On préfère alors conserver la Guadeloupe et la Martinique, dont le sucre rapporte bien plus que les fourrures canadiennes. Un calcul comptable qui pèsera lourd dans l'histoire de la francophonie.
Un feu d'artifice pour célébrer la paix (ou comment masquer une défaite) :
feu d'artifice tiré devant l'Hôtel de Ville à l'occasion de la signature du traité de Paris (gallica.BnF.fr)
L'héritage : Les révolutions en germe
Cette guerre a un coût exorbitant. Pour renflouer leurs caisses, les Britanniques décident de taxer lourdement leurs colons américains. Le slogan "No taxation without representation" commence à circuler... Treize ans plus tard, c'est la Révolution américaine.
Côté français, la dette accumulée et l'humiliation nationale minent le prestige de la monarchie. Les racines de 1789 sont déjà là, dans les dépenses militaires de 1756.
Plus qu'une simple guerre de dates, la guerre de Sept Ans a été le laboratoire du monde moderne. Elle a consacré l'anglais comme langue internationale et la Prusse comme moteur de la future Allemagne.
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Les Plaines d’Abraham :
Vingt minutes pour un empire
C’est sans doute l’un des affrontements les plus brefs et les plus lourds de conséquences de l’histoire militaire. En moins d’une demi-heure, sur un plateau herbeux surplombant le Saint-Laurent, le destin de l’Amérique du Nord a basculé du lys vers l’union jack.
Après trois mois d'un siège infructueux devant Québec, le général britannique James Wolfe tente un coup de poker. En pleine nuit, ses troupes escaladent en silence la falaise de l'Anse au Foulon, réputée infranchissable. Au petit matin du 13 septembre 1759 les Français découvrent avec stupeur 4 500 tuniques rouges rangées en bataille sur les hauteurs : les Plaines d'Abraham.
la bataille des plaines d'Abraham et la prise de Québec
Le marquis de Montcalm, commandant des forces françaises, choisit de sortir des murs de la ville pour briser l'encerclement avant que les Britanniques ne se retranchent.
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Côté français : Une charge désordonnée, mêlant troupes régulières et milices canadiennes peu habituées au combat en ligne.
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Côté britannique : Une discipline de fer. Wolfe ordonne à ses hommes de ne tirer qu'une fois l'ennemi à quarante mètres. La salve est dévastatrice.
Le combat est d'une violence inouïe. Le général Wolfe reçoit trois balles et meurt sur le champ de bataille, mais il a le temps d'apprendre que les Français battent en retraite. Montcalm, mortellement blessé à cheval alors qu'il tente de rallier ses troupes, s'éteint le lendemain à Québec.
La chute de Québec, cœur politique de la Nouvelle-France, entraîne la capitulation de Montréal un an plus tard. Aujourd'hui, un monument unique au monde, le monument Wolfe-Montcalm, célèbre les deux généraux sur le lieu de leur agonie, rappelant que si l'Empire français a péri ce jour-là, l'identité canadienne-française, elle, a survécu à la défaite.