Conquêtes, affirmation de puissance et rivalités


Les océans et l’espace ne sont plus de simples espaces à explorer : ils sont devenus les nouvelles frontières stratégiques du XXIᵉ siècle. Depuis toujours, la puissance des États s’est mesurée à leur capacité à contrôler des territoires. Mais à l’heure de la mondialisation et des progrès technologiques, les frontières traditionnelles ne suffisent plus. L’espace extra-atmosphérique et les grands fonds océaniques sont devenus les nouveaux espaces de conquête, au cœur des stratégies de puissance contemporaines. Leur maîtrise est aujourd’hui un critère essentiel pour s’imposer sur la scène internationale.

L’espace et les abysses : de nouvelles frontières pour l’humanité

Une exploration scientifique et technologique spectaculaire

La conquête de l’espace débute véritablement dans les années 1950, dans le contexte de la guerre froide. Elle est d’abord le fait des deux superpuissances.

En 1957, l’URSS frappe un grand coup avec le lancement de Spoutnik, premier satellite artificiel. Son signal radio, le célèbre « bip bip », est capté pendant 22 jours dans le monde entier, provoquant un choc aux États-Unis. La même année, la chienne Laïka devient le premier être vivant envoyé dans l’espace. Les États-Unis, en difficulté, créent alors la NASA en 1958 pour rattraper leur retard.

Les succès soviétiques s’enchaînent :

  • 1961 : Youri Gagarine, premier homme dans l’espace ;
  • 1963 : Valentina Terechkova, première femme dans l’espace ;
  • 1965 : première sortie extravéhiculaire.

Face à cette avance, le président américain John F. Kennedy lance en 1961 le programme Apollo, avec un objectif clair : poser un homme sur la Lune. Le pari est tenu en juillet 1969 avec Apollo 11, un événement suivi en direct par des centaines de millions de téléspectateurs, symbole éclatant de puissance technologique et idéologique.

Neil Armstrong, le premier homme a avoir marché sur la Lune en juillet 1969 (image : NASA)

Parallèlement, l’exploration des grands fonds océaniques progresse. En 1960, le bathyscaphe de Jacques Piccard et Don Walsh atteint près de 11 000 mètres dans la fosse des Mariannes. Pourtant, malgré ces exploits, les abysses restent largement inconnus : seulement 20 % des fonds océaniques sont cartographiés et à peine 2 % explorés.

Carte bathymétrique du monde : seuls 20% des fonds océaniques sont cartographiés

Des acteurs de plus en plus nombreux et diversifiés

Si la conquête spatiale commence comme un duel États-Unis / URSS, elle s’élargit rapidement. De nombreux États lancent leurs propres satellites :

  • France (1965),

  • Japon (1970),

  • Chine (1970),

  • Inde (1980),

  • Israël (1988),

  • Iran (2009),

  • Corée du Nord (2012), Corée du Sud (2013).

La France, sous l’impulsion du général de Gaulle, crée le CNES en 1961 et affirme une volonté d’indépendance stratégique. En 1975, la création de l’Agence spatiale européenne (ESA) marque une coopération régionale majeure, avec les lanceurs Ariane depuis Kourou.

Depuis les années 2000, un nouvel acteur bouleverse les équilibres : le secteur privé, regroupé sous le terme de New Space. Des entreprises comme SpaceX, Blue Origin ou Virgin Galactic réduisent les coûts, développent des lanceurs réutilisables et ouvrent l’espace à des usages commerciaux, relançant une course à la puissance.

La maîtrise de l’espace et des océans : un atout stratégique majeur

Un enjeu militaire et idéologique central

Pendant la guerre froide, la conquête spatiale sert à démontrer la supériorité d’un modèle politique. Aujourd’hui encore, la Chine ou l’Inde utilisent leurs programmes spatiaux comme instruments de prestige et de puissance.

L’espace est aussi un enjeu militaire. Maîtriser les lanceurs spatiaux, c’est savoir produire des missiles balistiques intercontinentaux, capables de transporter des ogives nucléaires. Les satellites jouent un rôle clé dans le renseignement, la géolocalisation (GPS), et la détection des tirs ennemis, rendant possible la dissuasion nucléaire.

Dans les océans, la puissance repose sur le Sea Power, théorisé par l’amiral Alfred Mahan : contrôler les mers permet d’assurer la sécurité, l’accès aux ressources et l’influence mondiale. Aujourd’hui, cette puissance s’exprime à travers les porte-avions, les bases navales et surtout les sous-marins nucléaires.

Les SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) constituent le pilier de la dissuasion : discrets, mobiles, quasiment indétectables, ils garantissent une capacité de frappe en second. La France en possède quatre, assurant une présence permanente en mer.

Un intérêt économique croissant

L’espace et les océans sont aussi des réservoirs de richesses.

Dans l’espace, l’économie repose sur :

  • les télécommunications (satellites, internet par constellation comme Starlink),
  • l’observation de la Terre,
  • le tourisme spatial,
  • et à plus long terme, l’exploitation des ressources minières des astéroïdes.

Dans les océans, les enjeux sont tout aussi cruciaux :

  • 85 % des communications numériques mondiales passent par des câbles sous-marins ;
  • exploitation des hydrocarbures offshore ;
  • convoitise autour des nodules polymétalliques, riches en métaux stratégiques.

Des conquêtes sources de rivalités géopolitiques

La conquête des océans et de l’espace ne relève pas uniquement de la curiosité scientifique. Ces espaces deviennent aujourd’hui des lieux de rivalités géopolitiques, où les États cherchent à affirmer leur puissance, à sécuriser des ressources stratégiques et à contrôler des zones clés. Comme sur les continents par le passé, la conquête de ces nouveaux espaces engendre tensions, compétitions et parfois conflits.

Les océans : un espace de tensions croissantes

Les océans concentrent des enjeux économiques, stratégiques et militaires majeurs.

Grâce à la Convention de Montego Bay (1982), les États peuvent revendiquer une Zone Économique Exclusive (ZEE) allant jusqu’à 200 milles marins (environ 370 km). Dans ces zones, ils disposent de droits exclusifs sur l’exploitation des ressources halieutiques, énergétiques et minières.

Cependant, ces délimitations sont souvent contestées, notamment lorsque les ZEE se chevauchent. C’est le cas :

  • en mer de Chine méridionale, où la Chine s’oppose à plusieurs États riverains (Vietnam, Philippines, Malaisie),

  • en Arctique, où la fonte de la banquise ouvre de nouvelles routes maritimes et attise les rivalités entre la Russie, les États-Unis, le Canada et des pays européens.

Les océans sont aussi des espaces de projection militaire. Les grandes puissances y déploient flottes, sous-marins nucléaires et bases navales afin de sécuriser les routes commerciales et d’affirmer leur présence. Ainsi, la maîtrise des mers reste un atout fondamental de la puissance, comme l’avait déjà théorisé l’amiral Alfred Mahan au XIXe siècle.

L’espace : un nouveau champ de rivalités stratégiques

L’espace extra-atmosphérique est devenu un enjeu géopolitique central depuis la guerre froide. D’abord marqué par la compétition entre les États-Unis et l’URSS (course à la Lune), il est aujourd’hui le théâtre d’une multiplication des acteurs : États (États-Unis, Chine, Russie, Inde, Europe) mais aussi entreprises privées (SpaceX, Blue Origin).

Les satellites sont désormais indispensables au fonctionnement des sociétés modernes :

  • télécommunications,

  • GPS,

  • observation de la Terre,

  • renseignement militaire.

Cette dépendance rend l’espace stratégique mais vulnérable. Certains États développent des capacités antisatellites, faisant craindre une militarisation de l’espace, pourtant interdit par les traités internationaux à des fins offensives.

Par ailleurs, l’accès à l’espace renforce le prestige international : envoyer un satellite ou un astronaute dans l’espace est une démonstration de puissance technologique et politique. La Chine, par exemple, utilise ses succès spatiaux pour affirmer son statut de grande puissance.

Des rivalités qui posent des défis majeurs

Ces conquêtes posent enfin des questions fondamentales pour l’avenir :

  • Comment éviter la surexploitation des ressources océaniques ?

  • Comment empêcher la privatisation excessive de l’espace ?

  • Comment limiter la pollution, qu’il s’agisse des plastiques dans les océans ou des débris spatiaux en orbite ?

Les océans et l’espace apparaissent ainsi comme des frontières contemporaines, à la fois espaces d’innovation, de puissance et de tensions. Leur conquête révèle les limites de la coopération internationale face aux logiques de rivalités entre acteurs.



Qui tient la mer tient le commerce du monde; qui tient le commerce tient la richesse; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même.

Walter Raleigh

Explorateur anglais du XVIe siècle)


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résumé audio par Amaya (en préparation)


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notions à connaître

L'oekoumène : l’espace habité par les êtres humains

Espaces maritimes

  • Mondialisation maritime : environ 90 % du commerce mondial transite par voie maritime.

  • Droit de la mer :

    - Convention de Montego Bay (1982) → définit les espaces maritimes (eaux territoriales, zone économique exclusive [ZEE], haute mer).
    - Notion de ZEE : jusqu’à 200 milles nautiques, un État y dispose de droits exclusifs sur les ressources.

  • Enjeux stratégiques : contrôle des routes commerciales, détroits (Ormuz, Malacca, Gibraltar), câbles sous-marins.

  • Zones de tension : mer de Chine méridionale, Arctique (routes maritimes et ressources), Méditerranée orientale.

  • Environnement : préservation des océans, accords comme le BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction).

Sujets de dissertation au bac 

avec les corrigés, en respectant les codes : introduction (accroche, définition, problématique, annonce du plan), développement en trois parties argumentées avec exemples, puis conclusion bien formulée.

La haute mer : un espace de liberté ou de tensions ?

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