Temple de la peinture européenne, le musée du Prado est bien plus qu’une simple galerie d’art : il est le reflet de la puissance, des goûts et des tourments de l’Espagne impériale. De Velázquez à Goya, ses chefs-d’œuvre racontent une histoire où l’art, le pouvoir et la violence du monde se répondent.
"La Reddition de Breda" par Diego Vélasquez (Huile sur toile 1635)
(musée du Prado, à Madrid).
Au cœur de Madrid, le musée du Prado n’est pas seulement l’un des plus grands musées du monde : il est le miroir de plusieurs siècles de pouvoir, de goût et de culture en Europe. Fondé officiellement en 1819, le Prado est né d’une ambition politique autant qu’artistique : exposer au public les collections royales accumulées par la monarchie espagnole depuis le XVIᵉ siècle.
À l’origine, le bâtiment conçu par l’architecte Juan de Villanueva n’était pas destiné à l’art, mais aux sciences naturelles. La guerre d’indépendance contre Napoléon en retarda l’usage, et ce n’est qu’au début du XIXᵉ siècle que le roi Ferdinand VII, poussé par la reine Marie-Isabelle de Bragance, décida d’y installer une galerie de peinture. Le musée ouvre alors avec seulement quelques centaines d’œuvres ; il en conserve aujourd’hui des milliers.
Le Prado est indissociable de l’âge d’or espagnol. Diego Velázquez, peintre de cour de Philippe IV, y règne en maître. Les Ménines, tableau fascinant sur le regard et le pouvoir, résume à lui seul l’esprit du musée : une peinture savante, politique, consciente de son rôle. Francisco de Goya, autre figure majeure, y incarne le passage brutal de l’Espagne des Lumières à celle des guerres, de la violence et du désenchantement.
Mais le Prado ne se limite pas à l’Espagne. Les Habsbourg et les Bourbons, qui régnèrent sur un empire mondial, furent des collectionneurs avides de peinture flamande et italienne. Titien, Rubens, Bosch ou encore Raphaël y dialoguent avec les maîtres espagnols, offrant une lecture unique de la peinture européenne vue depuis Madrid.
Longtemps perçu comme un musée austère, réservé aux connaisseurs, le Prado s’est progressivement ouvert à un public plus large. Agrandi, modernisé, il demeure pourtant fidèle à son identité : un musée de peinture avant tout, sans effets spectaculaires, où les œuvres parlent d’elles-mêmes.
Entrer au Prado, c’est parcourir l’histoire de l’Europe à travers les yeux des rois, des artistes et des crises qu’ils ont traversées — une leçon de beauté, mais aussi de pouvoir et de fragilité.
El 3 de mayo en Madrid ( Francisco de Goya, 1814) - Musée du Prado
(Diego Delso, CC BY-SA 4.0)
L’imagination abandonnée par la raison produit des monstres ; unie à elle, elle est la mère des arts.
Francisco de Goya
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"Les Ménines" par Diego Velázquez