par Michel Levine

En 1920, alors que la France pansait à peine les plaies de la Grande Guerre, une résurgence limitée de peste bubonique dans les faubourgs parisiens aurait pu demeurer un simple épisode sanitaire. Elle devint pourtant le révélateur d’un climat politique empoisonné. Dans une République dominée par la Chambre « bleu horizon » et travaillée par la peur du « judéo-bolchevisme », rumeurs, pseudo-sciences raciales et fantasmes complotistes s’entremêlèrent jusqu’au Sénat, désignant les immigrés juifs comme boucs émissaires d’un mal venu… de rats britanniques. À travers cet épisode oublié – sur fond de diffusion des Protocoles des Sages de Sion et de crispations nationalistes – se dessinent les linéaments d’une haine appelée à prospérer dans l’Europe des années trente. Une leçon d’histoire sur la fabrique politique de la peur, dont les échos résonnent encore aujourd’hui.


En France, en 1920, une crise sanitaire mineure se trouve transformée en évènement politique, annonciateur de la crise qui embrasera le pays dans les dix années à venir.

Le Sénat en 1920, un lieu de pouvoir qui a pu se prêter parfois à la diffusion de préjugés.
(photo agence ROL/BnF)

La trêve

Pendant la première guerre mondiale, la plupart des mouvements nationalistes antisémites, au nom d’une « Union sacrée » décrétée depuis le début des hostilités, ont changé de cible, passant du « youpin » au « boche » à l’instar de l’Action française dont le chantre Maurice Barrès - le « rossignol des carnages » comme le surnomme Georges Bernanos - en est venu à célébrer les juifs tombés au champ d’honneur.  Cette trêve poursuivie dans les tranchées a trouvé son illustration populaire par l’image doublement pieuse répandue dans les foyers français du rabbin aumônier Abraham Bloch présentant un crucifix à un soldat chrétien mourant avant d’être lui-même mortellement atteint.

Renouveau de la haine

Mais au sortir de la guerre, les élections législatives de novembre 1919 portent au pouvoir une marée de nouveaux venus dans la politique dont beaucoup viennent de déposer l’uniforme – d’où le nom de Chambre « bleu horizon » donné à cette Assemblée. Alliés aux forces de la droite profonde et à des radicaux par nature louvoyants, ces petits soldats de la politique constituent le Bloc national, un magma manipulé par Clémenceau et l’Action française. Pour la première fois de son histoire, le mouvement de Charles Maurras, inspiré par la victoire aux urnes de Mussolini dont il estime la doctrine « jumelle » de la sienne, a en effet  surmonté son aversion pour les jeux électoraux de la Gueuse pour fait élire des candidats dont il a meublé l’esprit de son antisémitisme congénital, cette fois remis au goût du jour par l’apport du racialisme (ou eugénisme). Les tenants de cette doctrine, Georges Vacher de Lapouge et Gustave le Bon, dignes héritiers de Gobineau, professent que l’humanité serait composée de races qu’ils classent selon un déterminisme où interviennent des critères physiques comme la forme du crâne. Au premier rang se classerait l’aryen blond aux yeux bleus, tandis qu’au fond de la classe croupiraient les mauvais élèves, « asiatiques » ,« négroïdes » et juifs, accusés de corrompre la force et la pureté de la race aryenne.

Qui sont donc dans la réalité ces êtres humains méprisés et honnis, arrivées par vagues depuis la fin du siècle précédent ? Ils ont pour trait commun d’avoir fui la misère et les persécutions pour fouler enfin le sol de cette France idéale, patrie des droits de l’Homme, qui a émancipé les juifs et où l’on peut vivre comme un citoyen libre, « heureux comme Dieu en France ». Cette population que ses ennemis ne voient que sous la forme d’une masse humaine indéterminée, est en réalité parcourue de puissants mouvement intellectuels parfois opposés – « deux juifs, trois synagogues » dit un proverbe yiddish.

Les « judéo-bolcheviques »

A partir des années vingt, ces nouveaux venus vont aussi être les proies d’un antisémitisme d’un genre nouveau. Au début des hostilités, l’opinion française était persuadée que le « rouleau compresseur russe » allait écraser l’armée allemande. La signature soudaine de la paix de Brest-Litovsk entre les deux pays a été vécue comme une trahison tandis que la prise du pouvoir par les soviets athées affolait les milieux catholiques et conservateurs, avant que les « rouges » n’aggravent leur cas en refusant de reconnaitre l’emprunt contracté par le tsar, entrainant la ruine de 1 600 000 petits épargnants français. Le Bloc national profite de cette situation pour développer une croisade antibolchevique au cours de laquelle l’Union des Intérêts Économiques, puissante officine du patronat, fait couvrir les murs d’affiches représentant la face menaçante d’un présumé moujik, un couteau ensanglanté entre les dents.. Tandis que des agitateurs moscoutaires sont à présent suspects de fomenter tous les mouvements sociaux et les grèves, les procès des mutins de la mer noire – ces soldats que Clémenceau a envoyés se faire tuer pour secourir les armées blanches de Denikine – sont vécus comme une véritable provocation lorsque leur meneur André Marty et ses complices se voient traités en héros par les socialistes. L’Action française affirme pour sa part que tous les chefs révolutionnaires russes sont juifs – alors qu’en réalité Trotski est bien seul… – et dénonce un nouvel ennemi de la France éternelle en la personne du « judéo-bolchevique » ou « judéo-marxiste ». Le fait que par une curieuse contradiction, le juif se voit attribué à la fois le rôle de « ploutocrate » capitaliste et d’« hydre bolchevique » voué à sa destruction ne vient pas à l’esprit du mouvement maurassien, qui pourtant s’est attribué à lui-même le titre de « parti de l’intelligence ». Sous le régime de Vichy le judéo-bolchevisme connaitra de beaux jours avec la création de la L.V.F (légion des volontaires français contre le bolchevisme). En 1944, « l’affiche rouge » clouant au pilori un groupe de résistants de la F.T.P- M.O.I. ne manquera pas d’indiquer l’origine juive de sept de ces fusillés.

Les Protocoles

La parution en 1920 des Protocole des sages de Sion fournit une manière de « caution historique » aux campagnes antijuives. Cet assemblage de faux de bric et de broc décrivant par le menu un vaste complot juif international destiné à régner sur le monde, a été concocté en 1901 par la police secrète russe (l’Okrana) comme arme de combat contre les forces révolutionnaires, tout en offrant au bon peuple une nouvelle et bonne raison d’organiser des pogroms. Les Protocoles ont été aussi utilisés comme arme par les Russes « blancs » pour justifier leurs nombreux massacres de populations juives ou encore affirmer que le massacre de la famille impériale à Iekaterinbourg, le 17 juillet 1918, aurait été un « rituel juif ». Leur combat perdu, ces Russes « blancs » réfugiés en France ont continué de diffuser les Protocoles dans sa version originale avant que le pieux évêque Mgr. Ernest Jouin, grand admirateur du fascisme italien et fort apprécié d’un Vatican qui l’a bombardé pronotaire apostolique, n’en édite le texte en français dans sa Revue internationale des sociétés secrètes, aussitôt imité par le grand pamphlétaire antisémite Urbain Grohier qui le publie sous le nom de Protocole des Sages d’Israël. Une édition modifiés paraît ensuite chez l’éditeur Bernard Grasset, futur grand pourvoyeur de thèses collaborationnistes sous le régime de Vichy. Diffusé et traduit à des millions d’exemplaires de par le monde, les Protocoles seront souvent utilisés par des hommes de pouvoir sachant parfaitement qu’ils se réfèrent à un faux.   En 1925, dans Mein Kampf, la Bible du nazisme et de l’antisémitisme, Adolf Hitler consacrera dix-huit lignes à ce texte qui après sa prise de pouvoir en 1933, sera utilisé dans les écoles comme source d’endoctrinement.

Tandis que la dénonciation du péril « judéo-bolchevique » bat son plein, cette même année 1920 voit s’ajouter un antisémitisme d’une autre nature.

La peste juive

Au printemps 1920, des cas de peste sont signalés dans le vaste territoire de la « zone » qui ceinture Paris. L’épidémie se répand parmi une population de cinquante mille exclus de la société dont huit mille étrangers récemment arrivés d’Europe centrale et orientale et du Maghreb, qui s’entassent, vivent et meurent dans un univers de cahutes, de roulottes et de taudis. Les autorités sanitaires parisiennes établissent rapidement l’origine de l’épidémie : des rats porteurs de la puce atteinte du bacille se sont échappés quelques temps auparavant d’une péniche livrant une cargaison de charbon britannique dans les environs de Paris infectant les populations proches, en particulier les chiffonniers – sans que ces cas aient été pour autant rapportés. Dans le souci de ne pas inquiéter les populations, les autorités décident que cette infection portera le nom de « maladie N°9 » numéro qui désigne la peste dans le classement du répertoire national des maladies contagieuse, tandis que l’opinion publique ne tardera pas à la baptiser « peste des chiffonniers ». Pour l’éradiquer, la Préfecture de Paris réorganise le ramassage des ordures ménagères tandis que des équipes sanitaires mobiles œuvrent dans la capitale mais aussi àPantin, Saint-Ouen, Bagnolet et Clichy, pour identifier les foyers suspects dans les lieux d’habitations et procéder à des désinfections. En même temps est menée une campagne de soins par la pratique de la sérothérapie, mise au point en 1896 par le docteur Alexandre Yersin, découvreur de la bactérie de la peste, à laquelle s’ajoute bientôt la phagothérapie élaborée par son confrère pastorien, le docteur Felix d’Herelle. Il s’avère bientôt qu’on est en présence d’une résurgence de la peste bubonique, qui offre l’intérêt d’être beaucoup moins mortelle que la peste pulmonaire et de portée très limitée, comparée à la terrible grippe « espagnole » qui a causé cinquante millions de morts pendant les hostilités et connait encore quelques « répliques ». La « peste des chiffonniers », dernière affection de ce type que connaitra la capitale, n’entrainera que 34 décès avant de disparaitre pour refaire son apparition en 1945 en Corse.    

La rumeur

Dans un premier temps, l’opinion publique semble assez indifférente à la présence d’une maladie qui tous comptes faits, ne frappe que ces « invisibles » de la société que sont les miséreux, étrangers, déclassés et autres marginaux, entassés et sales et donc quelque part responsables de leur malheur. Mais bientôt, des articles se font l’écho de rumeurs alarmistes qui parcourent la capitale. Ainsi, Le Petit Bleu de Paris, subventionné par le Comité des Forges, désigne clairement les coupables dans son édition du 3 novembre :

« Les épidémies qui ont désolé, dans la suite des temps, certaines contrées de l’Europe, étaient dues à l’apport, par des Orientaux, du bacille de Yersin. Le danger qui nous menace aujourd’hui reconnait la même origine. » A son tour, dans le numéro du 9 octobre du Rappel, quotidien farouchement antigouvernemental, l’éditorialiste antisémite Octave du s leMesnil dénonce le « laxisme » des pouvoirs publics :
« En attendant que M. de Rothschild ou M. de Reinach leur ouvrent leurs hôtels, ces misérables pouilleux s’entassent dans les garnis qu’ils transforment en foyer permanent d’infection. Comment les a-t-on laissé pénétrer en France ? Pourquoi les tolère-t-on à Paris ? (…) C’est partout le système de l’indifférence sous le régime de l’irresponsabilité. Lorsque l’épidémie éclatera, on collera des affiches blanches, on fera des discours au Parlement, on présentera des rapports aux Académies ; les mercantis et nouveaux riches fileront à la Cote d’azur et les bons bougres au Champ de Navets ».

Sous les ors ternis de la République

Le 2 décembre 1920, le Sénat français tient sa deuxième séance extraordinaire de l’année consacrée à la peste qui frappe la capitale et la région parisienne. Extraordinaire, cette séance l’est aussi par le flot de haine, de préjugés et de bêtise crasse que vont déverser les « sages » de la République. Le renouvellement de janvier a vu, dans un élan comparable à celui qui a constitué la chambre Bleu horizon, les représentants des partis de droite doubler pratiquement leur score tandis que ceux des divers partis de gauche reculaient fortement. Jules-Louis Breton, nommé en janvier à la tête du premier ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociale créé en France, a pour mission de fournir des réponses aux interpellations des sénateurs. C’est en vain que ce jeune ministre, ancien Dreyfusard classé « socialiste réformiste » et passionné de sciences, tentera de faire entendre la réalité des faits face à une assemblée agitée de phantasmes.

Adrien Gaudin de Villaine ouvre le bal. Connu pour ses positions anti-républicaines, ce baron politique de la Manche, collaborateur régulier de la Libre parole de Drumont, interpelle le ministre :
« Je viens signaler au Gouvernement, qui semble l’ignorer ou s’en désintéresser, le danger qui résulte, pour la santé de Paris, de l’invasion de certains quartiers de la capitale par des milliers d’indésirables venus d’Orient (…) Paris et sa banlieue sont menacés, en ce moment, d’une contagion que les médecins, par un euphémisme élégant, appellent la maladie N°9, sans doute parce que cette maladie a été traitée dans le pavillon N°9 d’un hôpital de la banlieue de Paris. »

Le distingué sénateur, qui ignore encore la signification réelle de l’appellation N°9 alors que l’épidémie est en train de sévir, fait ensuite état d’une « enquête » menée par un de ses amis dans le 4ème arrondissement de la capitale. Il décrit ainsi cette enquête :
« Partout des gens aux aspects étranges, aux guenilles hétéroclites, au langage incompréhensible, flânant par les rues, sans occupation apparente, ou entassés dans de sordides demeures et dans une promiscuité honteuse, se disant Roumains, Hongrois, Russe, Polonais, en réalité tous juifs et parlant tous le « yiddish », ce patois hébreu compris de tous les juifs de l’univers. »  Le sénateur clôt son intervention par une menace explicite :« Nombre de Français en ont assez d’être traités en ourlaws dans leur propre patrie et, – je les en préviens charitablement – les juifs en font trop ! Ils croient sans doute arrivée l’heure prédite il y a quarante années par Dostoïevski ; ils pourraient bien, ici comme ailleurs, attirer sur eux de terribles représailles.  

Louis Dausset, sénateur de la Seine, ancien secrétaire de la Ligue de la patrie française, organisation antidreyfusarde.

Face à cette débauche quelque peu nauséabonde de « paroles libérées » le sénateur classé « gauche démocratique » de la Loire Fernand Merlin, tente avec calme et modération de ramener le débat au vrai problème, celui de l’hygiène sociale et de la prophylaxie dans la capitale, en prenant soin de séparer maladie et présence d’étrangers. Il réplique à Gaudin de Villaine  qu’au cours de l’été dernier, la peste a été signalée, non seulement à Paris, mais dans les grandes capitales d’Europe.

Le sénateur radical François Albert qui lui succède tente également de faire barrage aux rumeurs empoisonnées : « Je ne crois pas, je tiens à l’affirmer, qu’il y ait eu pour Paris un danger quelconque, étant donné que le nombre des cas a été très restreint et que quatorze morts dans une agglomération aussi importante, n’ont pas de quoi nous effrayer »

Quand en fin de séance, le ministre de la santé Jean-Louis Breton propose des mesures en faveur des démunis exposés aux dangers sanitaires, le sénateur Gaudin de Villaine toujours obsédé par son désir de fermer les frontières, réplique aussitôt : « Vous parlez toujours de guérir. Il vaudrait mieux prévoir. Vous envisagez les moyens de guérir la maladie qui est à nos portes. Il fallait fermer la porte, voila toute la question ! »

Une presse respectueuse

La presse d’information se contente dans son ensemble de reprendre quelques-uns des propos échangés lors de cette séance si particulière, sans qu’ils fassent pour autant les titres des premières pages ni ne suscitent d’émoi particulier. Le Petit Parisien, journal qui se prétend apolitique mais soutiendra plus tard le régime mussolinien, souligne la portée de l’interpellation de Gaudin de Villaine affirmant que les étrangers vivent sans être l’objet de la moindre surveillance. En revanche, le journal antiparlementaire Le Matin du 7 décembre choisit la voie de la raison en donnant la parole au bactériologiste Emile Roux, de l’Institut Pasteur : « A mon avis (…) l’explication donnée (de Gaudin de Villière) est complètement fausse. On pourrait en fournir de nombreuses preuves ; et notamment le fait que les rares cas de peste bubonique constatés ne sont nullement produits parmi les immigrants incriminés au Sénat. Il est infiniment probable, d’après les enquêtes faites, que la maladie aujourd’hui a peu près jugulée, dites-le bien, a été apportée dans la banlieue nord de Paris par des rats pesteux venus avec les péniches qui nous apportent le charbon anglais. »

Des rats britanniques… voilà qui risquerait de mettre à mal l’image fantasmée d’une horde sauvage de juifs errants surgis des sombres contrées asiatiques pour diffuser le virus… mais l’ensemble de la presse ne prend pas en compte cet élément particulier.

Le marais politique

Les partis politiques réagissent peu aux débordements   sénatoriaux. Le Bloc national applaudit des deux mains aux propos incendiaires   sans nul doute influencé par les positions de son chef de file, le « Père la Victoire ». Depuis 1917, Clémenceau est en effet en proie à une furie antisoviétique qui l’entraine à ces vitupérations dont il a le secret. Après les émeutes de Petrograd de 1917, réprimées par le gouvernement Kerenski, son journal L’homme enchaîné du 21 juillet 1917 dénonçait un prétendu complot germano-léniniste dirigé dans l’ombre par des Juifs dissimulant leurs véritables patronymes : « Voici comment se nomment les principaux maximalistes du soviet de Petrograd : Zinoviev s’appelle Apfelbaum, Trotsky, Bronstein ; Kamenev, Rosenfeld […] ». Une partie de cette liste était puisée dans la Libre Parole de Drumont avec qui, pourtant, le Tigre avait échangé des coups de feu lors de l’affaire Dreyfus…

Seuls les socialistes répliquent vraiment à la vague venimeuse. Leur organe Le Populaire, dénonce une « odieuse calomnie » qui consiste à utiliser la maladie N°9 comme arme dirigée contre une population de prolétaires cloués au pilori parce qu’étrangers. Pour ce qui est de la gauche extrême, toujours empêtrée dans son anticapitaliste institutionnel, elle se désintéresse dans son ensemble des victimes juives présumées ploutocrates des attaques sénatoriales. Ce seront surtout des individualités ou des associations comme la Ligue des Droits de l’Homme ou celle de l’Enseignements qui monteront au créneau.

Du bonheur comme contrefeu

Si la rumeur maligne engendrée par de la « maladie N°9 » ne modifie pas profondément le regard que les Français « de souche » portent sur leurs co-nationaux juifs, c’est sans doute que le terrain social n’y est pas spécialement favorable. Le « tous unis » liant les citoyens de toutes confessions avant et pendant la guerre anime encore bien des esprits et le pays est surtout occupée à panser ses plaies. La guerre a couté si cher en vie humaines, en destructions et privations, qu’à l’euphorie de la victoire se mêle l’amertume du deuil. Dès lors, cette maladie N°9 si peu menaçante est vécue comme insignifiant, comparée aux ravages combinés de la guerre et de la grippe « espagnole » outre que le domaine de la haine collective est encore pour quelque temps occupé par celle du « boche ». Intervient aussi comme barrage à la rumeur criminelle une sourde résistance des esprits. Il ne s’agit pas d’un refus organisé, plutôt d’un rejet instinctif de cette petite guerre qui s’ajoute à la grande. Cette période est aussi celle dite des « années folles » où une jeunesse élevée dans la mort et le deuil exprime le désir violent d’échapper à la gloriole de la victoire et au nationalisme étouffant. Elle exprime un ardent désir de respirer, de vivre, de connaitre d’autres mondes, quelque chose d’autre à travers les plaisirs et les arts, loin de toutes ces haines intérieures cuites et recuites suscitées par cette impérieuse patrie à laquelle elle devrait encore se sacrifier. Des femmes que la guerre a transformé en héroïnes (dont les glorieuses munitionnettes) voient la paix les renvoyer à leurs fourneaux et le Bloc national criminaliser leur liberté d’avorter. Beaucoup s’émancipent alors en libérant leurs corps corsetés, en se coupant les cheveux et en vivant leur vie à l’image de la « garçonne » célèbre et scandaleuse héroïne du roman de Victor Margueritte.

En mai 1924, les élections législatives voient la défaite du Bloc national et la venue au pouvoir du Cartel des gauches. Ce n’est pourtant qu’un répit de courte durée dans la fièvre antijuive montante. Les années trente vont connaitre la prise de pouvoir par les dictatures en Europe et l’épanouissement des haines raciales indicibles conduisant à la Shoah.

Questions présentes

On peut aisément imaginer que de nos jours, une nouvelle épidémie du type « maladie N°9 » entrainerait un déferlement de peur et de haine à ce point amplifiée par les « réseaux sociaux » qu’elle atteindrait ces pics de folles flambées qu’ont connues les épidémies causées par le sida puis le covid.  l’Histoire a prouvé que dans notre pays, l’antisémitisme est capable de se recomposer en fonction du contexte ( menace de guerre, tensions  sociales) en mêlant peur, pseudo-science et techniques modernes de communication.

Léon Poliakov, lors d’un entretien en septembre 2005 avec Roger Droit, portait un regard lucide sur la situation :« La seule chose qui aujourd’hui me paraisse certaine en ce qui concerne l’antisémitisme et le racisme, en Russie comme ailleurs, c’est que tout cela va continuer. Nous ne savons pas exactement sous quelle forme, nous ne sommes pas en mesure de dire précisément avec quelle intensité. Mais nous pouvons être convaincus que cela ne va pas cesser »

Ne cessera pas non plus, peut-on l’espérer, le combat obstiné des hommes et des femmes de bonne volonté contre l’empoisonnement des consciences.

Michel Levine

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage consacré aux grandes affaires de la Ligue des Droits de l’Homme (Affaires non classées. Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme, Paris, Fayard, 1973). Il a aussi publié une enquête historique sur la répression des manifestations algériennes à Paris en octobre 1961 (Les ratonnades d’octobre. Un meurtre collectif à Paris en 1961, Paris, Ramsay, 1985; réédition Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. 2001.


L’antisémitisme est une tradition millénaire, mais il sait se renouveler.

Léon Poliakov


Noir Lumière

Le courage au cœur" est une ballade folk évolutive sur la mémoire et la vigilance.
Elle raconte un mal ancien — le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance — qui traverse les siècles en changeant de visage, et la nécessité de lui résister, lucidement, génération après génération.

La chanson commence dans l’intimité, presque dans le murmure, puis s’élargit progressivement vers une dimension collective.
Parce que l’histoire nous l’a appris : le silence nourrit l’ombre, mais les voix unies rallument la lumière.

Ce titre est une invitation à se souvenir, à reconnaître les signes quand ils réapparaissent, et à choisir, encore et toujours, l’humanité.



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