L’Histoire a parfois des éclats d’absurde qui en disent long sur une époque. Quand les puissants convoitent la paix comme un trophée, c’est souvent qu’ils cherchent à masquer autre chose…
Adolf Hitler
(Bundesarchiv)
Il y a parfois des coïncidences de l’Histoire qui donnent le vertige. Peu de gens s’en souviennent, mais Adolf Hitler fut, en 1939, proposé pour le prix Nobel de la paix. Certes, la candidature émanait d’un député suédois social-démocrate, ironique ou provocateur, qui la retira rapidement. Mais le simple fait qu’un homme déjà engagé dans une politique répressive et ouvertement belliqueuse ait pu voir son nom associé à la plus prestigieuse des récompenses pour la paix dit beaucoup sur les ambiguïtés d’une époque aveuglée par la montée des totalitarismes.
Presque un siècle plus tard, c’est un autre homme fort, Donald Trump, qui rêve du Nobel comme d’une ultime consécration. L’ancien président américain n’a jamais caché son obsession pour cette médaille morale, qu’il considère comme un trophée destiné à orner son palmarès. À plusieurs reprises, il a publiquement exprimé son incompréhension de ne pas avoir été couronné, convaincu que ses rencontres avec Kim Jong-un ou ses pressions sur certains pays du Moyen-Orient devraient suffire à inscrire son nom aux côtés de celui de Martin Luther King ou Nelson Mandela.
Le parallèle est troublant, non parce que Trump est Hitler – la comparaison serait absurde et indécente – mais parce que le prix Nobel de la paix, censé incarner l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur, attire régulièrement ceux qui en représentent le contraire. Dans les deux cas, il y a la même soif de reconnaissance internationale, le même besoin de se parer d’une légitimité morale que leurs actes démentent jour après jour.
Hitler fut l’artisan d’une guerre totale et d’un génocide industriel. Trump, lui, n’a pas déclenché d’apocalypse mondiale, mais il a méthodiquement sapé la confiance dans la démocratie, encouragé la violence politique, méprisé la vérité et fracturé son pays comme rarement auparavant. Ce n’est pas le même registre d’horreur, mais la mécanique symbolique est proche : utiliser la paix comme un masque, un ornement, une mise en scène.
L’épisode Hitler rappelle que le Nobel n’est pas à l’abri de la manipulation ou du ridicule. Les pressions politiques, les candidatures absurdes, les choix contestés – d’Henry Kissinger à Abiy Ahmed – montrent que la récompense a toujours navigué entre grandeur et compromission. Que Trump s’y projette aujourd’hui n’est donc pas surprenant.
Mais au fond, le vrai scandale n’est pas qu’Hitler ait un jour été proposé, ni que Trump revendique la couronne : c’est que nous soyons encore tentés de croire que la paix peut être distribuée comme un prix, comme une médaille de sport. La paix n’est pas un trophée, c’est un processus fragile, toujours menacé. La réduire à un symbole honorifique, manipulable par les puissants, c’est déjà l’affaiblir.
Peut-être faudrait-il se souvenir que les plus grands artisans de la paix n’ont pas attendu le Nobel pour agir. Gandhi, figure universelle de non-violence, ne l’a jamais reçu. Et c’est sans doute là la plus belle leçon : la paix n’a pas besoin de médaille, mais de courage.
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