Au VIIIᵉ siècle, alors que l’Europe sort à peine des tumultes des grandes invasions et que le royaume franc s’essouffle sous les Mérovingiens, une nouvelle dynastie émerge : les Carolingiens.
Charlemagne réunit son conseil (Chroniques de France
Des origines à l’avènement : la fin des Mérovingiens
Les Carolingiens ne naissent pas rois, mais maires du palais — une fonction qui, sous les Mérovingiens, concentre le vrai pouvoir. Charles Martel, vainqueur des Arabes à Poitiers en 732, assoit leur influence. Son fils, Pépin le Bref, franchit le pas décisif : en 751, il se fait sacrer roi des Francs avec la bénédiction du pape, mettant fin à la dynastie mérovingienne. Ce sacre marque un tournant : le pouvoir n’est plus héréditaire par le sang, mais légitimé par l’Église et la force militaire.
Charlemagne : l’apogée d’un empire
Couronné empereur d’Occident en 800 par le pape Léon III, Charlemagne incarne l’ambition carolingienne. Son règne est celui de la renaissance culturelle : il relance les arts, l’éducation (avec la création d’écoles palatines) et standardise l’écriture (la minuscule caroline). Son empire, s’étendant de l’Atlantique à l’Elbe, est un patchwork de peuples unis par la foi chrétienne et une administration centralisée.
Pourtant, cet édifice est fragile. À sa mort en 814, les partages successoraux (notamment le traité de Verdun en 843) morcellent l’empire entre ses petits-fils, annonçant les futures nations européennes.
Les Carolingiens déclinent au IXᵉ siècle, minés par les invasions vikings, les révoltes internes et l’affaiblissement du pouvoir central. En 888, la dynastie est évincée en Francie orientale, et en 987, Hugues Capet met fin à leur règne en Francie occidentale. Pourtant, leur héritage perdure :
- L’idée d’Europe : Charlemagne préfigure une unité politique et culturelle.
- La féodalité : Leur système de gouvernement par comtes et missi dominici inspire les structures féodales.
- La chrétienté : Leur alliance avec l’Église renforce le rôle de Rome dans la politique européenne.
Empire carolingien
cyberprout (talk · contribs), CC BY-SA 3.0
Les Carolingiens ont été bien plus qu’une dynastie : un laboratoire politique et culturel. Leur empire, aussi éphémère soit-il, a façonné l’identité européenne. Aujourd’hui encore, leur mémoire résonne, des sceaux impériaux aux débats sur l’unité du continent. Et si leur rêve d’un empire universel s’est brisé, il a ouvert la voie à une autre aventure : celle des nations.
Charlemagne fut un grand homme, non parce qu’il fit de grandes conquêtes, mais parce qu’il rétablit l’empire d’Occident et qu’il encouragea les lettres. »
Voltaire
À lire
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Ce livre, en forme de bilan, dresse des perspectives neuves. Il montre notamment que les rois mérovingiens furent les derniers continuateurs de l'Antiquité et que si les premiers Carolingiens rassemblèrent sous leur autorité presque toute l'Europe occidentale, l'Empire s'avéra une réalité fragile et diverse. Ainsi, les auteurs ramènent-ils les faits aux réalités de l'époque, en rejetant les anachronismes et les outrances, et en appuyant leur exposé sur des textes et des cartes comme sur une iconographie abondante. Cette histoire renouvelée possède un attrait majeur : au-delà des représentations traditionnelles, elle s'efforce d'atteindre le réel. -> Fnac