L’Ossétie et les Ossètes : une histoire entre Caucase et légendes

Publié le 14 janvier 2026 à 12:11

Plongée au cœur du Caucase, l’Ossétie et son peuple, les Ossètes, incarnent une histoire millénaire, entre légendes épiques et enjeux géopolitiques contemporains. Descendants des Alans, ces gardiens d’une langue iranienne unique ont traversé les siècles en préservant une culture riche, marquée par l’épopée des Nartes et des traditions ancestrales. Pourtant, leur territoire, divisé entre la Russie et la Géorgie, reste aujourd’hui un symbole des tensions persistantes dans cette région stratégique. 


"La cité des morts ": une ancienne nécropole médiévale près du village de Dargavs en Ossétie du Nord 

Un peuple aux racines anciennes

Les Ossètes, aussi appelés Alans dans les textes historiques, sont un peuple iranien du Caucase. Leur histoire remonte à plus de deux millénaires, lorsque leurs ancêtres, les Scythes et les Sarmates, parcouraient les steppes eurasiennes. Au fil des siècles, les Alans se sont installés dans le Caucase, où ils ont donné naissance à l’actuelle Ossétie, une région divisée entre la Russie (Ossétie du Nord-Alanie) et la Géorgie (Ossétie du Sud).

La langue ossète, appelée iron ou digor, est la dernière langue iranienne encore parlée dans le Caucase. Elle témoigne d’un héritage unique, mêlant influences persanes, turques et caucasiennes. Les Ossètes ont également adopté le christianisme orthodoxe, tout en conservant des traditions pré-chrétiennes, comme le culte des dzuar, des sanctuaires sacrés dédiés aux divinités locales.

Tour médiévale en ruien à Kurta (Ossétie du nord)
Photo : Sarmat Batagov/Pexels

Entre empires et indépendance

L’Ossétie a souvent été un enjeu stratégique pour les empires voisins. Au Moyen Âge, les Ossètes ont résisté aux invasions mongoles, puis ont été intégrés à l’Empire russe au XIXe siècle. Après la révolution bolchevique, l’Ossétie du Nord est devenue une république autonome au sein de l’URSS, tandis que l’Ossétie du Sud a été rattachée à la Géorgie soviétique.

La chute de l’URSS en 1991 a ravivé les tensions : l’Ossétie du Sud a proclamé son indépendance, déclenchant des conflits avec la Géorgie. Aujourd’hui, la région reste un sujet de discorde internationale, reconnue par quelques États, dont la Russie.

Les Ossètes d'aujourd'hui

Aujourd’hui, les Ossètes vivent principalement dans deux régions du Caucase :

  • En Russie : la majorité se trouve en Ossétie du Nord-Alanie, une république autonome de la Fédération de Russie, avec pour capitale Vladikavkaz. On estime leur nombre à environ 410 000 à 460 000 dans cette région. Une partie de la communauté ossète vit aussi dans d’autres villes russes, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg, où l’on compte plusieurs dizaines de milliers d’Ossètes
  • En Géorgie : environ 70 000 Ossètes vivent en Ossétie du Sud (ou Alanie du Sud), une région séparatiste dont le statut est disputé entre la Géorgie et la Russie. Après le conflit de 2008, une partie de la population a fui vers la Russie, mais une communauté significative reste sur place, principalement autour de la capitale Tskhinvali. On trouve aussi des Ossètes dans d’autres villes géorgiennes, comme Tbilissi et Gori

Entre les deux communautés ossètes, les liens culturels et familiaux restent très forts .

Un avenir entre tradition et modernité

Les Ossètes sont fiers de leur patrimoine culturel. Leur épopée nationale, Les Nartes, raconte les exploits de héros mythiques et reflète les valeurs de courage et d’honneur. La musique, la danse et l’artisanat traditionnels, comme la fabrication de tapis ou de bijoux en argent, sont encore très vivants.

Aujourd’hui, les Ossètes cherchent à préserver leur identité tout en s’ouvrant au monde. Les défis sont nombreux : reconnaissance internationale pour l’Ossétie du Sud, développement économique, et transmission de la langue et des traditions aux jeunes générations.


Rien n’est permanent, sauf le changement.

Héraclite


Vieux Ossètes à Dargavs en 1883

L'Ossétie aujourd'hui

Une situation figée avec une division persistante, entre statu quo et risques d’escalade.

Ossétie du Sud : De facto indépendante depuis 2008, cette région n’est reconnue que par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela et le Hamas. Sous contrôle militaire et administratif russe, elle dépend économiquement de Moscou, et plus de 70 % de ses habitants possèdent la nationalité russe. La Géorgie, candidate à l’UE, dénonce une occupation illégale et une « frontiérisation » condamnée par la CEDH.

Ossétie du Nord-Alanie : République autonome russe, elle reste stable mais exposée aux tensions régionales, notamment après des attaques de drones ukrainiens en 2024, ciblant des infrastructures militaires.

Relations Géorgie-Russie : Rompues depuis 2008, elles s’inscrivent dans un contexte de rivalité géopolitique, la Géorgie accusant Moscou de bloquer toute solution pacifique.

Perspectives : Aucun règlement politique n’est en vue. La région reste un foyer de tensions, entre ambitions européennes de la Géorgie et influence russe.


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