L’Algérie, une histoire de carrefours, de conquêtes et de résistances

Publié le 2 janvier 2026 à 19:15

De la Méditerranée aux confins du Sahara, l’Algérie occupe depuis des millénaires une position charnière. Carrefour de peuples, de langues, de croyances et d’empires, elle n’a jamais été une simple périphérie de l’histoire méditerranéenne ou africaine. Bien au contraire : son territoire a souvent été un espace disputé, traversé, mais aussi façonné par ceux qui y vivaient. L’histoire de l’Algérie est celle d’une tension permanente entre domination extérieure et enracinement local, entre ruptures violentes et continuités profondes.


Pétroglyphes du Tassili n'Ajjer aux confins du Sahara

Patrick Gruban (CC BY-SA 2.0)

Aux origines : l’Algérie avant l’Algérie

Bien avant l’apparition du mot « Algérie », le territoire est peuplé par des sociétés berbères (amazighes), organisées en tribus, royaumes et confédérations. Ces populations maîtrisent l’agriculture, l’élevage, les échanges transsahariens, et développent des cultures originales, comme en témoignent les gravures rupestres du Tassili n’Ajjer, parmi les plus anciennes du monde.

Dès l’Antiquité, la région est intégrée aux grands réseaux méditerranéens. Les Phéniciens fondent des comptoirs côtiers, dont Icosium (future Alger). Mais ce sont surtout les royaumes numides qui marquent durablement l’histoire ancienne, notamment sous Massinissa au IIᵉ siècle av. J.-C. Alliée puis adversaire de Rome, la Numidie incarne déjà une forme de pouvoir politique autochtone, capable de rivaliser avec les grandes puissances de son temps.

Après la défaite de Jugurtha, Rome s’impose. L’Afrique romaine devient un grenier à blé de l’Empire, se couvre de villes, de routes, de théâtres et de forums. Des figures majeures du christianisme latin, comme saint Augustin, sont originaires de cette région. Pourtant, derrière la romanisation, les structures berbères persistent, souvent en marge ou en résistance.

Timgad, fondée par Trajan, illustre la période romaine : ordre, rationalité, contrôle. 

Photo : Djamel Ramdani (Pexels)

Islamisation et recompositions médiévales

Au VIIᵉ siècle, la conquête arabe bouleverse profondément la région. L’islam s’impose progressivement, non sans résistances, dont celle, devenue légendaire, de la reine berbère Dihya, la Kahina. L’arabisation est lente et inégale : l’islam est largement adopté, mais les langues et identités amazighes survivent.

Le Moyen Âge algérien est marqué par une succession de dynasties – rustamides, zirides, hammadides, almohades – souvent berbères, qui contrôlent de vastes espaces du Maghreb et parfois au-delà. Les villes comme Tlemcen, Béjaïa ou Constantine deviennent des centres intellectuels, commerciaux et religieux majeurs. Béjaïa, notamment, est un foyer de savoir où circulent mathématiques, philosophie et sciences venues d’Orient comme d’Occident.

Cette période est celle d’une Algérie pleinement intégrée aux mondes islamique et méditerranéen, mais aussi profondément diverse, traversée par des équilibres fragiles entre nomades et sédentaires, pouvoir central et autonomies locales.

Grande Mosquée de Tlemcen
(Tonowari, CC BY-SA 4.0)

La Régence d’Alger : entre autonomie et empire ottoman

Au XVIᵉ siècle, face à la pression espagnole en Méditerranée, Alger se place sous la protection de l’Empire ottoman. La Régence d’Alger devient une entité politique originale : officiellement province ottomane, elle jouit en réalité d’une large autonomie. Dirigée par des deys, elle s’appuie sur une puissante flotte et sur la course maritime, qui lui vaut une réputation redoutée en Europe.

Cette Algérie ottomane n’est ni un État-nation au sens moderne, ni une simple colonie. Elle repose sur des équilibres complexes entre villes côtières, arrière-pays tribaux, confréries religieuses et autorités militaires. L’intérieur du pays reste largement autonome, tandis qu’Alger s’impose comme un acteur diplomatique et commercial reconnu.

La Méditerranée au XVIᵉ siècle, divisée entre sphères d’influence chrétiennes et musulmanes.
Alger occupe une position centrale dans le bassin occidental, au carrefour des routes maritimes.

1830 : la rupture coloniale

L’expédition française de 1830 marque une rupture radicale. Ce qui devait être une opération ponctuelle devient une entreprise de conquête et de colonisation. La violence est extrême : enfumades, destructions de villages, famines, déplacements forcés. La résistance s’organise, notamment autour de l’émir Abd el-Kader, figure majeure de l’histoire algérienne, qui tente de fonder un État moderne face à l’envahisseur.

La colonisation française ne se contente pas de dominer : elle transforme en profondeur la société. Les terres sont massivement confisquées au profit des colons européens, les institutions traditionnelles démantelées, la population indigène soumise à un régime juridique d’exception. L’Algérie devient une colonie de peuplement, intégrée administrativement à la France, mais profondément inégalitaire.

Cette situation produit des fractures durables : économiques, sociales, culturelles. Elle engendre aussi, progressivement, une conscience nationale algérienne, nourrie à la fois par la mémoire des résistances, l’expérience de l’injustice coloniale et les circulations d’idées anticoloniales au XXᵉ siècle.

La guerre d’indépendance : une décolonisation par la violence

Le 1ᵉʳ novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) déclenche une insurrection armée. La guerre d’Algérie est l’une des plus violentes du processus de décolonisation : guérilla, attentats, torture, déplacements de populations, fractures profondes entre communautés. Elle engage toute la société française et algérienne, et laisse des traumatismes durables des deux côtés de la Méditerranée.

En 1962, après huit années de guerre, l’Algérie devient indépendante. Mais l’indépendance ne signifie pas la fin des épreuves. Le nouveau pouvoir hérite d’un pays ravagé, d’une économie désarticulée, d’une société profondément marquée par la violence.

(photo : Claude Vignal/EPCAD)

L’Algérie indépendante : espoirs, autoritarisme et crises

Les premières décennies de l’Algérie indépendante sont dominées par le FLN, qui instaure un régime à parti unique. L’État mise sur l’industrialisation, l’éducation de masse, la nationalisation des hydrocarbures. Ces politiques permettent des avancées réelles, mais s’accompagnent d’un autoritarisme croissant et d’un étouffement du pluralisme politique.

À partir des années 1980, la crise économique, la pression démographique et les aspirations sociales conduisent à une ouverture politique partielle, puis à une guerre civile dans les années 1990, opposant l’État à des groupes islamistes armés. Ce conflit interne, souvent appelé « décennie noire », fait des dizaines de milliers de morts et marque profondément la société.

Depuis le début du XXIᵉ siècle, l’Algérie cherche un équilibre entre stabilité, réformes et mémoire. Les mobilisations populaires récentes ont montré l’aspiration persistante à une plus grande justice politique et sociale.

L’histoire de l’Algérie ne se réduit ni à la colonisation, ni à la guerre d’indépendance, même si ces événements en constituent des pivots majeurs. Elle est faite de strates, de continuités invisibles, de résistances silencieuses autant que de ruptures spectaculaires. Terre de carrefour et de conflits, l’Algérie est aussi une terre de créations, de métissages et de survivances.

Comprendre l’Algérie, c’est accepter cette complexité : celle d’un pays dont l’histoire ne cesse de dialoguer avec le présent, et dont les mémoires, parfois douloureuses, restent au cœur des débats contemporains, bien au-delà de ses frontières.


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Histoire de l'Algérie
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L’Algérie n’est pas née en 1962 ; elle est le produit d’une histoire longue, conflictuelle, souvent confisquée par le pouvoir.

 Mohammed Harbi


Dates clés 

–10 000 : premières sociétés néolithiques

–202 : Massinissa, royaume numide

46 av. J.-C. : intégration romaine

VIIᵉ siècle : islamisation

Xᵉ–XIIIᵉ siècles : dynasties berbères

1516 : Régence d’Alger (Ottomans)

1830 : conquête française

1954–1962 : guerre d’indépendance

1962 : Algérie indépendante

1991–2002 : guerre civile

2019 : Hirak


L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes  est une ode à la terre et au peuple mais aussi à l’Algérie-idée et proposition au monde, écrit et illustré par amour et par humour de l’Algérie !

Le Hirak redonne au peuple sa noblesse, lui fait redécouvrir des qualités qu’il n’a pas pu exploiter depuis l’indépendance, des qualités nécessaires, pourtant pour relever les défis avenirs qui nous attendent. En soi, ce Hirak est culturel et pédagogique, il forge la conscience politique de nos jeunes et rehausse leur sens du civisme en les hissant au rang des démocraties modernes, à l’image des pays civilisés

 

Hirak

Né d’un désaccord familial autour de l’Algérie, ce roman met en scène Sihem et Djamel, deux voix libres et contradictoires. Entre fiction et réel, ils racontent les liens, les fractures et les héritages qui traversent les histoires intimes.