C’est un chapitre méconnu, presque effacé par le fracas de la Révolution russe de 1917. Découvrez l'histoire incroyable du Corps Expéditionnaire Russe : 45 000 soldats venus de Vladivostok pour défendre la France durant la Grande Guerre.
Arrivée à Marseille des soldats russes envoyés par le tsar Nicolas II, en avril 1916
Alliance franco-russe : Des hommes contre des fusils
En 1915, la France est épuisée par des combats sanglants. Elle manque cruellement d'hommes. De son côté, l’Empire russe dispose d'un réservoir humain immense, mais manque cruellement d'armes et de munitions.
Un accord est alors conclu : le Tsar Nicolas II accepte d'envoyer des brigades de soldats en France. En échange, la France s’engage à fournir du matériel de guerre à la Russie.
Pour rejoindre le front français, ces soldats n'ont pas traversé l'Europe (bloquée par les Allemands). Ils ont dû voyager par train jusqu'à Vladivostok, puis embarquer pour une épopée maritime de plusieurs semaines via le canal de Suez ou en contournant l'Afrique, pour enfin débarquer à Marseille.
L'arrivée à Marseille : Un accueil de stars
Le 20 avril 1916, la 1ère Brigade spéciale russe débarque sur le Vieux-Port. Pour les Marseillais, c'est le choc culturel et l'enthousiasme total.
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Les soldats russes, réputés pour leur stature et leur discipline, défilent sous des pluies de fleurs.
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On les appelle les "géants verts" à cause de la couleur de leur uniforme.
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La population voit en eux le "rouleau compresseur russe" venu sauver la patrie.
Les Russes arrivent aussi par Nantes et Saint-Nazaire
L'effort russe ne s'arrête pas à l'arrivée de premiers soldats russes à Marseille. Quelques mois plus tard, en juillet et août 1916, deux autres brigades russes arrivent par l'Atlantique et débarquant aux ports de Nantes et de Saint-Nazaire.
Pour les habitants de Loire-Inférieure, le spectacle est tout aussi impressionnant : des milliers d'hommes en uniformes vert olive, entonnant des chants liturgiques russes qui résonnent sur les quais de la Loire. Ces troupes rejoindront ensuite le camp de Mailly avant d'être envoyées au front.
Les troupes russes défilent devant le général Henri Gouraud et le général Nikolaï Lokhvitski
(camp de Mailly, octobre 1916.)
Le baptême du feu en Champagne
Rapidement, ces troupes (environ 45 000 hommes au total, en comptant ceux envoyés sur le front de Salonique) sont envoyées dans la Marne, près de Reims. Ils occupent des secteurs difficiles, comme le fort de la Pompelle. Ils se battent avec une bravoure qui force le respect des généraux français. Mais le vent tourne en 1917.
1917 : Le chaos et la mutinerie de La Courtine
Alors que les soldats russes versent leur sang au Chemin des Dames, les nouvelles du pays tombent : la Révolution éclate à Petrograd. Le Tsar abdique.
Le doute s'installe dans les tranchées. Pourquoi mourir pour la France quand leur propre pays est en train de se réinventer ? Le Corps Expéditionnaire se scinde en deux :
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Ceux qui veulent continuer le combat par loyauté.
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Ceux qui veulent rentrer pour participer à la Révolution.
Pour éviter que "l'esprit révolutionnaire" ne contamine les troupes françaises, les autorités déplacent les Russes dans la Creuse, au camp de La Courtine.
Ce qui devait être un simple lieu de repos se transforme en un laboratoire de la révolution.
Les soldats venus de Marseille), fortement politisés, imprégnés des idées révolutionnaires et ouvrières, contestent l'autorité de ses officiers. Ceux arrivés par l'Atlantique, sont restés globalement plus loyaliste et attachés à la discipline impériale.
Le camp se divise physiquement en deux camps retranchés. Les mutins "rouges" exigent leur rapatriement immédiat en Russie pour "faire la révolution". Ils refusent d'obéir aux généraux français et chassent leurs propres officiers.
Face à ce qu'elle considère comme une "gangrène", l'autorité militaire française prend une décision radicale : elle encercle le camp avec ses propres troupes et demande aux Russes loyalistes de réduire la mutinerie. En septembre 1917, l'artillerie tonne dans le ciel de la Creuse. Le bilan officiel fait état de plusieurs dizaines de morts, mais le traumatisme est immense : des soldats russes ont tiré sur leurs frères d'armes en plein cœur de la France.
Les soldats russes en gare de La Courtine
La Légion d'Honneur Russe
Après ces tragédies, le corps est dissous. Les soldats ont trois choix : continuer à se battre dans l'armée française, travailler dans des usines de guerre, ou être envoyés en Algérie.
Une élite de volontaires forme alors la Légion Russe (ou "Légion d'Honneur Russe"). Intégrés à la division marocaine, ils s'illustrent par leur courage exceptionnel jusqu'à l'armistice de 1918, perçant même la célèbre ligne Hindenburg.
Un sacrifice effacé par l'Histoire ?
Que reste-t-il aujourd'hui de ces 45 000 hommes ? Passés de "sauveurs de la patrie" en 1916 à "mutins indésirables" en 1917, les soldats russes de France ont été les victimes collatérales d'une géopolitique qui les a dépassés.
Pendant des décennies, leur mémoire a été doublement occultée :
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En France, le souvenir des mutineries de La Courtine et la crainte du "péril rouge" ont jeté un voile de pudeur sur leur bravoure au combat.
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En URSS, ces soldats ayant combattu aux côtés des "impérialistes" français étaient suspects, voire ignorés par l'histoire officielle soviétique.
Pourtant, en marchant aujourd'hui entre les tombes de la nécropole de Saint-Hilaire-le-Grand, une question demeure : comment ces hommes, partis de Vladivostok pour débarquer à Marseille ou à Nantes, ont-ils pu maintenir leur courage alors que leur propre pays s'effondrait à des milliers de kilomètres ?
Leur histoire nous rappelle que derrière les grandes cartes d'état-major se cachent des destins brisés, coincés entre deux mondes. Ne les oublions pas : ils ne sont pas seulement les soldats du Tsar, ils sont une part, méconnue mais héroïque, de l'histoire de France.
le petit cimetière de Saint-Hilaire-le-Grand (Marne) abrite les corps de ces soldats russes. Un rappel silencieux que la victoire de 1918 fut aussi écrite en alphabet cyrillique..(Lomita, CC BY-SA 4.0)
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