À chaque génération, la même question revient, chargée d’angoisse et de fatalisme : les guerres sont-elles inscrites dans la nature humaine ? L’actualité internationale semble souvent répondre par l’affirmative. Des conflits éclatent, des empires s’affrontent, des sociétés se mobilisent pour la guerre comme elles l’ont fait tant de fois auparavant. De l’Antiquité aux conflits contemporains, la guerre paraît accompagner l’histoire humaine comme une ombre persistante. Pourtant, l’historien se doit de résister aux évidences trompeuses.
Car si la guerre est fréquente dans l’histoire, elle n’est ni permanente ni universelle. De nombreuses sociétés ont vécu pendant de longues périodes sans conflits majeurs. Certaines ont développé des institutions destinées précisément à les éviter : alliances matrimoniales, systèmes d’arbitrage, confédérations politiques ou formes de diplomatie ritualisée. L’histoire n’est pas seulement une succession de batailles ; elle est aussi celle des compromis, des équilibres et des paix négociées.
La guerre, en réalité, n’est pas une fatalité biologique. Elle est une construction sociale et politique. Elle suppose des États capables de mobiliser des ressources, des idéologies capables de légitimer la violence et des structures de pouvoir prêtes à engager des populations entières dans l’affrontement. Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, par exemple, les violences collectives existent, mais elles prennent rarement la forme de guerres organisées et prolongées. C’est avec la formation des premières sociétés étatiques, il y a environ cinq millénaires, que la guerre devient une institution durable.
L’historien peut ainsi observer un paradoxe : la guerre est à la fois omniprésente dans certains moments de l’histoire et totalement absente dans d’autres. L’Europe du premier XXᵉ siècle fut dévastée par deux conflits mondiaux d’une violence inouïe. Pourtant, depuis 1945, les grandes puissances européennes vivent dans une paix relative qui aurait semblé presque inimaginable à leurs ancêtres. L’histoire montre donc que les sociétés peuvent sortir de cycles de violence qui semblaient autrefois structurels.
Mais cette même histoire nous met aussi en garde contre l’illusion du progrès linéaire. À plusieurs reprises, des périodes de paix prolongée ont été suivies d’explosions de violence inattendues. Les contemporains de la Belle Époque, au début du XXᵉ siècle, croyaient eux aussi vivre dans un monde stabilisé par l’économie et la diplomatie. L’été 1914 devait brutalement démentir cette confiance.
C’est pourquoi l’histoire n’apporte pas une réponse simple à la question de l’inévitabilité de la guerre. Elle nous enseigne plutôt que la guerre est toujours le produit de choix humains : choix politiques, calculs stratégiques, peurs collectives ou ambitions personnelles. Les conflits ne surgissent jamais du néant ; ils se construisent progressivement dans des contextes précis.
En ce sens, l’histoire possède une vertu essentielle : elle nous rappelle que rien n’est écrit d’avance. Si les guerres ont été possibles, les paix l’ont été aussi. Comprendre comment les sociétés ont basculé dans la violence — ou au contraire réussi à l’éviter — constitue sans doute l’une des tâches les plus importantes de la discipline historique.
Car derrière cette question apparemment théorique se cache un enjeu profondément contemporain. Interroger l’inévitabilité de la guerre, ce n’est pas seulement regarder le passé. C’est aussi réfléchir aux conditions qui permettront, peut-être, de ne pas la reproduire.
Aurélius
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