Elles furent longtemps reléguées au second plan des récits héroïques de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, sans elles, la Résistance européenne n’aurait ni tenu, ni circulé, ni parfois même existé. Agentes de liaison, imprimeuses clandestines, combattantes, intellectuelles ou espionnes, les femmes ont joué un rôle décisif dans la lutte contre l’occupation nazie. De la France aux Pays-Bas, de l’Allemagne à la Yougoslavie, leurs engagements multiples, souvent invisibles, se sont accompagnés de risques extrêmes. Redonner toute leur place à ces résistantes, c’est éclairer autrement l’histoire d’un combat européen pour la liberté.
Résister sans armes : la force de la conscience
Dans les premiers temps de la guerre, quand les structures de résistance sont encore fragiles, les femmes s’engagent souvent dans des formes d’opposition morale, intellectuelle et culturelle. En Allemagne, Sophie Scholl et les membres de la Rose blanche diffusent des tracts appelant à la désobéissance face au régime nazi. Leur combat repose sur la parole et la conscience, mais leur destin est tragique : arrêtés, jugés et exécutés en 1943. Ce type de résistance, moins spectaculaire que la lutte armée, n’en est pas moins essentiel : il sape l’idéologie nazie de l’intérieur.
Imprimerie clandestine du mouvement "Défense de la France"
(source : Fondation de la Résistance)
Liaisons, réseaux, clandestinité : une résistance du quotidien
Dans l’Europe occupée, les femmes deviennent des pivots de la clandestinité. Agentes de liaison, hébergeuses, faussaires, opératrices radio, elles transportent messages, armes et informations sous l’œil de la Gestapo. Leur relative invisibilité sociale constitue un atout stratégique. En France et en Belgique, des réseaux comme la Comet Line, fondée par Andrée de Jongh, permettent l’évasion de centaines d’aviateurs alliés vers l’Espagne. Ces missions exposent les résistantes à un risque constant : l’arrestation signifie souvent la torture, la déportation ou la mort.
Combattre les armes à la main
À mesure que la guerre s’intensifie, certaines femmes prennent part directement aux combats. En France, Simone Segouin participe aux actions de guérilla au sein des Forces françaises de l’intérieur. Aux Pays-Bas, Hannie Schaft s’engage dans des sabotages et des actions armées avant d’être exécutée en 1945. En Yougoslavie, des milliers de partisanes combattent en uniforme aux côtés des hommes, brouillant les frontières entre civils et soldats. Leur engagement démontre que la résistance féminine ne se limite pas à l’arrière : elle est aussi frontale et militaire.
Simone Segouin, le 23 août 1944
Les agentes de l’ombre des Alliés
Les Alliés eux-mêmes reconnaissent l’efficacité des femmes dans la guerre clandestine. Le Special Operations Executive (SOE) britannique recrute et parachute des agentes en France, en Norvège ou aux Pays-Bas. Chargées de liaisons radio, de coordination de réseaux et de sabotages, elles opèrent en terrain hostile en sachant que leur capture équivaut presque toujours à une condamnation à mort. Leur engagement marque une reconnaissance stratégique, malgré les réticences initiales des états-majors.
Répression et déportation : un engagement au prix fort
Arrêtées, les résistantes subissent une répression spécifique. Beaucoup sont déportées à Ravensbrück, camp de concentration réservé aux femmes. Elles y endurent violences, travail forcé et humiliations, portant souvent ces blessures toute leur vie. Leur sort rappelle que la Résistance n’est pas une aventure romantique, mais un combat brutal aux conséquences durables.
Une mémoire longtemps incomplète
Après 1945, la reconnaissance est lente. Les récits héroïques privilégient les chefs militaires et les figures masculines. Il faut attendre les décennies suivantes pour que l’historiographie et la mémoire collective redonnent leur place aux femmes résistantes. Rues, écoles et monuments portent aujourd’hui leurs noms, signe d’une réhabilitation tardive mais nécessaire.
Une leçon pour aujourd’hui
Raconter l’histoire des femmes dans la Résistance, ce n’est pas seulement réparer un oubli. C’est comprendre que la résistance peut prendre mille visages : un tract, un message, une arme, un refus. Leur engagement rappelle que, face à l’oppression, le courage n’a ni genre ni uniforme. Et que l’histoire européenne du XXᵉ siècle ne peut se comprendre pleinement sans ces femmes qui, dans l’ombre ou au grand jour, ont choisi de résister.
Monument de Ravensbrück de Fritz Cremer
(Bundesarchiv, Bild 183-86869-0006 / CC-BY-SA 3.0)
Télécharger le grand dossier complet gratuit
En 1940, il n’y avait plus d’hommes. C’étaient des femmes qui ont démarré la Résistance.
Germaine Tillion
Les femmes dans la Résistance
- 20 à 30 %
Part estimée des femmes dans les mouvements de résistance en Europe occupée - Des dizaines de milliers
Femmes engagées dans la clandestinité (liaison, renseignement, presse, hébergement) - Plus de 40 000 femmes déportées
Vers le camp de Ravensbrück, principal camp de concentration féminin nazi - Plusieurs milliers exécutées
Fusillées, pendues ou mortes sous la torture après arrestation - 1943–1944
Période de répression maximale contre les réseaux féminins - Plus de 30 agentes du SOE
Parachutées en Europe occupée (France, Pays-Bas, Norvège) - Années 1970–1980
Début de la reconnaissance historique et mémorielle du rôle des résistantes
À travers l'évocation de 206 résistantes, Jean-Paul Lefebvre-Filleau rappelle le rôle tenu par ces femmes d'un grand courage : cheffes de réseau, adjointes à un chef de réseau, agentes de liaison, agentes de renseignement, convoyeuses, opératrices radio, hébergeuses de résistants ou d'enfants juifs, boîtes à lettres, rédactrices de tracts ou de journaux clandestins, assistantes auprès des familles des fusillés et déportés, saboteuses, combattantes des Forces françaises de l'intérieur (FFI) et des Forces françaises libres (FFL) ou des Forces alliées.L'histoire de la Seconde Guerre mondiale ne peut s'écrire sans évoquer la mémoire de ces femmes héroïques.
Femmes en résistance:
L' Intégrale en livre de poche