En France, Paul Valéry (1871-1945) est surtout connu comme poète, essayiste et penseur de l’esprit. Mais derrière l’auteur du "Cimetière marin" se cache aussi un observateur attentif des bouleversements de son temps, dont les réflexions politiques résonnent encore aujourd’hui.


Paul Valéry en 1923 par Jacques-Emile Blanche.
Giogo, CC BY-SA 4.0)

La méfiance d’un poète envers la politique

Valéry n’a jamais été un militant, encore moins un homme de parti. La politique l’inspirait plus de la défiance que de l’enthousiasme. Dans ses Cahiers, il note cette formule restée célèbre : " La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. "

Cette ironie mordante exprime bien son sentiment : le politique n’est pas le lieu de la raison, mais celui des passions collectives, de la manipulation et parfois de la déraison. Contrairement à d’autres écrivains de son temps – André Gide, Romain Rolland ou encore Jean-Paul Sartre – Valéry ne crut jamais que l’homme de lettres devait se faire guide politique.

Le choc de la Grande Guerre

La Première Guerre mondiale marque pourtant une rupture dans sa pensée. En 1919, dans son texte La Crise de l’esprit, il écrit une phrase qui deviendra emblématique : " Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. "

La boucherie de 1914-1918 a ébranlé sa confiance dans le progrès et dans les capacités de la politique à éviter la catastrophe. Pour lui, la guerre prouvait que les nations les plus cultivées pouvaient sombrer dans la barbarie. Cette lucidité amère lui valut d’être lu bien au-delà du cercle littéraire, comme une voix prophétique.

L’Europe en question

Durant l’entre-deux-guerres, Valéry s’intéresse particulièrement à l’avenir du continent. Dans Regards sur le monde actuel (1931), il constate  que "l’Europe se sent petite, vieillie et menacée. "

À ses yeux, la montée en puissance des États-Unis et de l’Union soviétique, la fragilité économique et les divisions politiques condamnaient l’Europe à perdre son rôle central dans le monde. Son intuition était juste : quelques années plus tard, le continent s’engloutissait à nouveau dans la guerre.

Un penseur de la lucidité

Valéry ne propose pas de solutions, encore moins de programmes. Sa posture reste celle d’un poète-philosophe qui observe et met en garde. Mais sa distance n’est pas indifférence : il refuse simplement d’ajouter des illusions aux illusions. Sa pensée politique est donc une pensée de la lucidité, marquée par le scepticisme mais nourrie d’une conscience aiguë de la fragilité des civilisations.

Héritage

Aujourd’hui encore, les phrases de Valéry circulent dans les discours politiques et les éditoriaux. Elles rappellent que la politique ne se réduit pas aux institutions ou aux calculs stratégiques : elle engage aussi le destin des peuples et la survie même des cultures. En cela, l’écrivain reste d’une étonnante actualité.


Une chanson moderne sur Paul Valéry

Cette chanson de Noir Lumière raconte le regard de Paul Valéry  sur la fragilité des civilisations, sa méfiance envers la politique et son amour de la vie. À travers cette mélodie simple et lumineuse, nous redécouvrons un Valéry poète de la lucidité, qui nous rappelle : « Le vent se lève… il faut tenter de vivre ! »


La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. 

Paul Valéry


Paul Valéry : portrait d’un esprit en veille

  • Naissance : 30 octobre 1871, Sète, France

  • Décès : 20 juillet 1945, Paris, France

  • Profession : Poète, essayiste, philosophe de l’esprit

  • Œuvres majeures : Le Cimetière marin (1920), Charmes (1922), La Crise de l’esprit (1919), Regards sur le monde actuel (1931)

  • Distinctions : Membre de l’Académie française (1925)

Faits marquants :

  • Après des études de droit, Valéry s’oriente rapidement vers l’écriture et la réflexion philosophique.

  • La Première Guerre mondiale bouleverse sa vision du progrès et du rôle des nations.

  • Conférencier reconnu, il intervient sur des sujets variés : poésie, sciences, civilisation, mais aussi politique et société.

  • Son œuvre reflète une curiosité universelle et un scepticisme lucide face aux excès des passions humaines.

  • Valéry est considéré comme un "poète de la lucidité" : son écriture mêle rigueur intellectuelle, sensibilité poétique et réflexion sur le destin des civilisations.

 

Paul Valéry par le Studio Harcourt, vers 1938.