Épiphanie : l'origine de la galette des Rois


galette des rois aux enfants de l'assistance publique en 1933 (

Galette des rois aux enfants de l'assistance publique de France en 1933 ( [Agence Rol - gallica.bnf.fr/BnF

 

A l’époque romaine, le solstice d’hiver est l’occasion de grandes fêtes, les Saturnales, nommées ainsi en l'honneur de Saturne, le dieu romain du temps.

Pendant ces réjouissances qui durent une semaine, la tradition veut qu’on consomme, dans chaque famille, un gâteau rond et doré, représentant le soleil, dans lequel est caché une fève, une vraie c’est-à-dire une légumineuse, symbole de fertilité. Tous les habitants de la maisonnée, esclaves compris sont invités au banquet.

Le gâteau est coupé en autant de parts qu’il y a de convives et on demande à un enfant de se placer sous la table pour distribuer les parts à l’aveugle. Le maître de maison interroge l’enfant sous le nom de Phébus (le nom d’Apollon à Rome) pour savoir à qui attribuer chacune des parts. L’enfant innocent joue alors le rôle d’oracle pour désigner tour à tour le nom des convives dans l’ordre qui lui vient à l’esprit. Celui qui trouve la fève est sacré prince des Saturnales  (« Saturnalicius princeps ») de la maisonnée. Si c'est un esclave qui devient ainsi maître d’un jour, il peut donner des ordres à son maître : il lui faut quand même être prudent car, parfois, plutôt que de retourner à sa condition d’esclave, il peut aussi être mis à mort s’il a un peu trop humilié son maître.

Les Saturnales par Antoine Callet,

Au Moyen-Âge, cette fête païenne est récupérée par les chrétiens comme le fut celle de Noël (voir notre article ici). La tradition de la galette des rois est alors intégrée à l’Épiphanie, la cérémonie qui commémore l’arrivée à Bethléem des rois mages, Melchior, Balthazar et Gaspard, venus offrir des présents à Jésus, douze jours après sa naissance. Pour les catholiques qui fêtent Noël le 25 décembre, l’Épiphanie est donc célébrée le 6 janvier et pour les orthodoxes qui célèbrent Noël le 7 janvier, l’Épiphanie est fixée au 19 janvier.

Les coutumes romaines de la galette restent peu ou prou les mêmes pour les chrétiens, en particulier il est toujours demandé à un enfant, caché sous la table, d’attribuer les parts à chacun des participants. Quelques traditions s’y rajoutent cependant comme l’incitation faîte au roi d’un jour de payer une tournée générale aux convives présents. Certains avalant la fève pour ne pas payer, elle est progressivement remplacée par une fève en caillou grossièrement façonnée pour représenter Jésus.  Une part est également rajoutée pour l’offrir au premier pauvre qui frappera à la porte. Au XIVe siècle, le duc Louis II de Bourbon offrait cette part du pauvre à un enfant particulièrement nécessiteux de son fief et, en plus, il faisait appel à la générosité de ses invités  pour récolter une somme d'argent suffisante pour lui assurer une bonne éducation.

Au fil des siècles, la galette des rois reste très populaire dans tous les milieux. Au XVIIe siècle, on tire les rois même à la table de Louis XIV. Au siècle suivant la porcelaine transforme la fève en bel objet que l’on conserve mais qui reste inspirée par la religion.

Pendant la Révolution française, la « galette des rois » est mal vue des républicains. Les députés de la Convention tentent, sans succès, d’obtenir son interdiction. On se contente finalement de renommer l’Epiphanie en « jour des sans-culottes », la galette des rois devient la « galette de l’Égalité» et le Jésus de la fève est remplacé par un bonnet phrygien.

A partir du XIXe siècle, le modèle de fève devient libre. La créativité des créateurs de fèves s’exprime en toute liberté pour le plus grand bonheur des collectionneurs de fèves, les "favophiles".

 

Gâteau des rois par J.-B. Greuze, 1744

Caricature : « Le gâteau des rois, tiré au Congrès de Vienne en 1815 » (Bodleian Library)

J'ai trouvé la fève dans la galette en croquant dedans. Du coup, demain, je vais chercher ma couronne chez le dentiste.

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La galette des rois à travers le monde

Galette Frangipane
Benh LIEU SONG (Flickr), CC BY-SA 4.0

En France, au XVIe siècle, boulangers et pâtissiers se disputent pour obtenir le monopole de la fabrication de ce gâteau qui a le vent en poupe. François 1er finit par accorder ce droit aux pâtissiers.
Les boulangers contournent l’interdiction de vendre des « gâteaux » des rois en les remplaçant par des « galettes ».

En France, au XVIe siècle, boulangers et pâtissiers se disputent pour obtenir le monopole de la fabrication de ce gâteau qui a le vent en poupe. Le roi François 1er finit par accorder ce droit aux pâtissiers. Les boulangers contournent l’interdiction de vendre le "gâteau des rois" en le remplaçant par la "galette des rois"". La belle-fille de François 1er,  Catherine de Médicis, leur donne un sérieux coup de pouce avec une recette que lui a révélé le comte Cesare Frangipani.  Les boulangers détournent ainsi  les gâteaux traditionnels, comme le Pithivers, en incorporant de la crème « frangipane » dans leur galette à base de pâte feuilletée. Aujourd’hui, la galette des rois est un gâteau de ce type dans les 3/4 nord de la France.
Dans le sud méditerranéen, le gâteau est une couronne briochée, le « royaume », fait de pain sucré parfumé à l'eau de fleur d'oranger, le plus souvent agrémenté de fruits confits.  

En Italie, la Galette des Rois se nomme la Focaccia de la Befana, c’est une fougasse briochée aux fruits confits. En Espagne, la « couronne des Rois » se rapproche du Royaume à la fleur d’oranger du Sud de la France tout comme au Portugal, où la pâte briochée du gâteau des rois est creusée au centre pour lui donner l’aspect de la couronne des Rois mages.

Dans les pays où existent des communautés chrétiennes la tradition se conserve encore avec des recettes locales. Au Liban, la galette peut s’enrichier de vanille ou d’autres arômes plus orientaux. Au Japon et en Corée, les chrétiens bien que très minoritaires, perpétuent depuis le XVIe siècle une recette à base d’écorces confites et de jus de Yuzu, un agrume entre citron et orange.

 

Gâteau des rois de Louisiane

Rosca de Reyes au Mexique
Elsa G. Razo, CC BY-SA 4.0


Le cimetière de Nancy par Emile Friant


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